Interview du SG sur "asé pléréé

Interview du Secrétaire Général du RDM, Claude LISE

au journal « Asé Pléré Annou Lité »  de juillet 2013 

APAL : À quelle date et dans quelles circonstances est né le RDM ?

Claude LISE : Le Rassemblement Démocratique pour la Martinique a pris naissance les 13 et 14 mai 2006, à Ducos. Son congrès constitutif, qui a réuni un millier de participants, avait été précédé par la tenue d’une convention, le 26 mars 2006. C’est dans le cadre de celle-ci qu’a été prise la décision de créer le RDM, à l’initiative, non seulement des élus et militants qui venaient, quelques mois auparavant, de rompre avec le PPM, mais également d’un certain nombre de maires, de conseillers généraux et régionaux et de personnalités divers gauche.

Les ex-PPM, dont je faisais partie, étaient un peu plus de 200. Nous avions quitté le parti au terme d’un conflit interne qui s’était particulièrement aggravé depuis la campagne pour la consultation locale de 2003 sur une proposition d’évolution institutionnelle émanant du congrès des élus réuni en 2001, 2002 et 2003.

Sous l’étiquette de « refondateurs », nous exigions que le 17ème congrès du parti, prévu en juin 2005, soit repoussé de deux mois et soit l’occasion d’une clarification de la stratégie et de la doctrine. Nous souhaitions notamment pouvoir débattre du comportement de certains responsables progressistes qui, ouvertement ou « anba fey », avaient appelé à voter »non » lors de la consultation locale.

C’est le refus qui nous a été obstinément opposé par le courant Darsières / Letchimy (renforcé par des recrutements incontrôlés) qui nous a amenés à refuser de participer à un congrès organisé dans des conditions inacceptables : pas de documents politiques d’orientation, à peine deux ou trois balisiers fonctionnant normalement, des recrutements d’appoint effectués dans des conditions éminemment contestables, etc.

Ce congrès se tient malgré nos protestations, y compris publiques, mais fait la preuve qu’il n’a en réalité qu’un seul objet : l’élection de Serge Letchimy à la présidence du parti, Césaire étant – comme Docteur Aliker – « admis » à l’honorariat ! Césaire et Aliker tentent une opération de sauvetage du parti en obtenant que se tienne une deuxième session du congrès en septembre et qu’une commission ad’hoc travaille à la recherche d’un compromis. Mais les négociations, volontairement torpillées par Camille Darsières, échouent.

Nous nous mettons en congé du parti puis, menacés d’exclusion, nous démissionnons. Je rejette d’ultimes propositions qui me sont faites et qui tendent à me dissocier de mes camarades. La rupture est alors consommée.

C’est à partir de la situation ainsi créée que nait l’idée de la création d’un parti politique regroupant les ex-PPM « refondateurs », des personnalités divers gauche et de nombreux citoyens, jusqu’alors non adhérents à un parti politique, partageant les mêmes convictions fondamentales. 

APAL : Quelle est la philosophie générale de ce parti politique ?

Claude LISE : Le RDM se réclame des valeurs du socialisme démocratique, avec ce que cela suppose d’attachement aux principes de justice sociale et d’égalité des chances notamment. Les valeurs du socialisme démocratique sont, pour nous, tout naturellement enrichies par celles que véhicule l’humanisme césairien ; un humanisme qui invite à concevoir « un universel riche de tous les particuliers » et qui met les peuples en garde contre les « deux manières de se perdre : par ségrégation murée dans le particulier et par dilution dans l’universel ». C’est avec une conscience aiguë de l’actualité et des implications de tels enjeux que le RDM affirme, avec d’autres, l’existence d’un peuple martiniquais. Un peuple qui possède une personnalité propre forgée tout au long d’une histoire singulière. Un peuple doté d’un droit imprescriptible à l’autodétermination et à défendre ses intérêts propres, sans jamais renier l’exigence de l’enrichissement mutuel dans le dialogue avec les cultures du monde. Nous sommes là face à une problématique cruciale à une époque marquée par une double logique d’uniformisation des cultures et de montée des fanatismes ; une époque également porteuse d’un péril que nous aurions tort de sous-estimer : celui que représente une nouvelle forme d’assimilationnisme qui menace de faire de nous, dans une France devenue plurielle, une minorité parmi d’autres.

Au RDM, nous sommes convaincus que la survie du peuple martiniquais, en tant que peuple, passe par la mise en place d’un véritable pouvoir local. Le RDM est un parti autonomiste qui, de manière très césairienne, considère un tel statut non comme une fin en soi, mais comme un instrument au service de l’émancipation du peuple martiniquais et de la mise en œuvre d’un projet de développement. L’autonomie est pour nous la meilleure réponse institutionnelle possible à l’ambiguïté de la demande des citoyens martiniquais : la demande de sécurité, et notamment de préservation des lois sociales conquises par nos aînés ; la demande de liberté, qui comprend la volonté d’affirmation de notre identité collective et celle de pouvoir davantage peser sur notre propre devenir. J’ajoute qu’un tel statut nous apparaît le plus adapté à l’impératif de gestion des interdépendances et de mise en œuvre des multi-appartenances qui caractérisent le monde d’aujourd’hui. Sur le plan constitutionnel, nous pensons que les outre-mer devraient relever d’un seul article ouvrant toute une gamme de possibilités permettant de prendre en compte la volonté de chacun des peuples concernés (obligatoirement consultés), du droit commun à l’autonomie la plus large.

Au RDM, nous faisons, par ailleurs, du combat pour la démocratie une priorité ! C’est pourquoi, en matière d’évolution institutionnelle, nous considérons que rien ne doit se faire dans le dos du peuple ! Nous sommes un parti étapiste qui tient compte de la situation du pays et du niveau de conscience du peuple, mais qui, en aucun cas, n’incite ce dernier à effectuer un voire plusieurs pas en arrière ! Nous ne pouvons, par ailleurs, être de ceux qui veulent faire de la future assemblée de Martinique un instrument d’écrasement des oppositions. Nous considérons, en outre, que, dans la Martinique d’aujourd’hui, les démocrates authentiques doivent mesurer l’urgence qu’il y a de se mobiliser contre les menaces que font peser, sur la démocratie et sur l’Etat de droit, les stratégies hégémoniques, mais aussi l’inquiétant développement de pratiques affairistes et de méthodes de corruption.

Le RDM se veut enfin un ferment de rassemblement, en son sein et autour de lui. Pour nous, le rassemblement n’a strictement rien à voir avec l’assemblage hétéroclite et le ralliement à la personne d’un leader. Notre conception du rassemblement s’adresse à ceux qui, sans renier leurs convictions propres, ont suffisamment de points de convergence pour mener des combats ensemble. Des combats pouvant permettre à la Martinique de connaître des avancées significatives sur la voie du développement et de la responsabilité. C’est dans cet esprit que le RDM a contribué, en 2009, à la création du Rassemblement Martiniquais pour le Changement, une dynamique d’unité dont le peuple martiniquais attend beaucoup… 

APAL : Quelle est votre analyse de la situation économique et sociale, mais également politique de la Martinique ?

Claude LISE : Notre congrès a permis de procéder à une analyse actualisée de la situation économique et sociale, en distinguant ce qui relève de la crise du capitalisme financier au niveau international, européen et français et ce qui relève de causes structurelles tenant à la persistance, chez nous, d’une économie de comptoir.

La situation est très alarmante, avec de plus en plus d’entreprises en difficulté, un chômage qui augmente inexorablement touchant plus de 61 % de nos jeunes. Avec un taux de plus de 26 %, il dépasse le niveau qu’il atteignait il y a plus de 10 ans. Par ailleurs, la précarité se développe, les inégalités se creusent, les collectivités territoriales exsangues peinent de plus en plus à répondre à la demande sociale,… Tout cela générant un mal être et une peur de l’avenir qui imprègnent la société martiniquaise et forme un terreau sur lequel se développent de plus en plus toutes les formes de délinquance (y compris la délinquance en « col blanc ») et un véritable climat de violence et d’insécurité.

Sur le plan politique, nous sommes face à une situation inédite. Nos concitoyens sont conscients que, jamais, dans toute l’histoire de la Martinique, un homme politique et une coalition n’avaient concentré en leurs mains autant de leviers de pouvoir local. Ils constatent que les « nouvelles gouvernances » n’ont mis en œuvre aucune politique originale. Ils réalisent la profonde discordance qu’il y a entre les effets d’annonce relayés par de puissants moyens de communication et les résultats obtenus. Comme il fallait s’y attendre, les plans de relance régionaux, 1 et 2, s’avèrent incapables d’infléchir un tant soit peu des indicateurs préoccupants. Et l’on assiste de plus en plus, comme je l’évoquais à l’instant, à un recul démocratique et au développement d’un véritable climat affairiste,…

APAL : Quelles sont vos propositions pour la jeunesse et pour le peuple martiniquais lorsque vous dites : « Gagner la bataille de la démocratie et du développement, redonner espoir à notre jeunesse » ?

Claude LISE : C’est là, en effet, le thème général que nous avons choisi pour notre congrès des 8 et 9 juin dernier. Nous considérons que le mal développement n’est en rien une fatalité pour la Martinique et que notre jeunesse n’est pas, de ce fait, condamnée au désespoir.

C’est vrai qu’elle est particulièrement pénalisée par la situation économique et sociale que nous connaissons. Combien de pays supporteraient, sans que cela n’entraine de révolte violente, un taux de chômage des 15-25 ans dépassant les 61 % ! Il importe donc de prendre toute la mesure du mal-être qu’exprime une bonne part de notre jeunesse. Et nous devons absolument redonner à celle-ci confiance en l’avenir. Car si notre jeunesse ne croit plus en l’avenir, non seulement cela devient gravement préjudiciable à la cohésion sociale, mais cela ne permet plus d’envisager un quelconque développement de notre Martinique.

Alors, bien sûr, il faut recourir dans l’immédiat aux pansements sociaux et il faut notamment obtenir, dans ce cadre, un volet beaucoup plus important de contrats aidés. Bien sur, il faut promouvoir au maximum les activités culturelles et sportives en direction de nos jeunes. Mais la vraie réponse se trouve dans une politique de développement durable générateur d’emplois. Pour cela, nous considérons qu’il y a lieu : premièrement, d’accélérer la mise en place de la collectivité unique. S’il s’agit, comme nous le pensons, d’un instrument plus efficace pour permettre aux élus de mettre en œuvre les politiques publiques locales, il faut cesser de perdre du temps. Rien, hors des calculs politiciens, ne justifie que l’on ait besoin de plus de cinq ans pour faire gérer, par une assemblée unique, les compétences du Département et de la Région. Il y a lieu, deuxièmement, de réclamer l’ouverture d’une négociation entre l’Etat et les élus martiniquais en vue de la conception, en partenariat, d’un vrai plan de développement durable adapté à la Martinique. Un plan dans lequel nous pourrons faire prendre en compte nos atouts et nos propositions. S’agissant des propositions, il existe, ne l’oublions pas, des documents élaborés par le Département et la Région et dont une synthèse a été tirée en décembre 2007, lors d’une réunion commune des deux assemblées locales. Ces documents, complétés, actualisés, peuvent constituer une sérieuse base de travail. C’est dans le cadre d’un tel plan que nous pourrons parvenir à soutenir les filières des différents secteurs actuellement en difficulté et promouvoir des filières innovantes (comme celles des énergies renouvelables). C’est dans ce cadre que nous pourrons obtenir la création de pôles de compétitivité dans des domaines où nous avons déjà opéré des avancées remarquables (comme celui de la prévention des catastrophes naturelles où le Conseil général a mis en place, à partir de 1992, des outils performants et domicilié des compétences précieuses). Mais nous considérons que la situation réclame des mesures d’extrême urgence notamment pour empêcher la déstructuration totale de notre tissu des petites et moyennes entreprises, surtout des très petites entreprises : ce sont les entreprises les plus créatrices d’emplois, surtout dans le secteur du BTP. Il est nécessaire pour cela qu’elles puissent bénéficier du soutien financier d’une banque de développement. Il est indispensable, par ailleurs, que l’Etat abonde les budgets d’investissement des collectivités territoriales afin de permettre à celles-ci de relancer la commande publique aujourd’hui en baisse. 

APAL : Comment s’annoncent les municipales de 2014 et les territoriales de 2015 ?

Claude LISE : Ces municipales sont encore plus importantes que les municipales habituelles, puisqu’elles ne seront pas sans influence sur la campagne en faveur de l’assemblée unique qui, elle, va précéder une élection déterminante pour l’avenir de la Martinique. Nous allons y prendre une part très active sur l’ensemble du territoire. Nous avons arrêté avec nos partenaires de la « gauche authentique et responsable » une stratégie très simple et très claire. Là où l’un de nos partis a un sortant, nous le soutenons tous. Ailleurs, nous recherchons, autant que faire se peut, la possibilité d’accords pour le soutien à un candidat dès le premier tour. Lorsque cela n’est pas possible, pour des raisons locales particulières, nous considérons qu’il y a lieu d’organiser des primaires, mais dans un état d’esprit favorable au maintien de la dynamique unitaire, avec un accord de deuxième tour, comme cela s’était passé aux élections législatives de l’année dernière. La campagne des municipales qui s’ouvre doit être l’occasion, en dehors de l’évocation des problèmes d’intérêt purement municipal, d’apporter un maximum d’informations aux citoyens sur la future collectivité unique. L’occasion de souligner l’efficacité qu’elle peut apporter à la mise en œuvre des politiques publiques locales, mais aussi de mettre en garde contre les dangers d’un tel instrument, s’il n’est pas conçu pour fonctionner démocratiquement ou s’il est dirigé par des politiques pour lesquels le souci de la démocratie passe bien après les considérations de pouvoir.

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