A LIRE de Raphael Confiant

 

IL Y EN A QUI CONFONDENT 1946 ET…2010

 par Raphael CONFIANT

 

L’un des arguments les plus malhonnêtes utilisés contre ceux qui souhaitent placer la Martinique dans le cadre de l’article 74 de la Constitution française est que les élus agiraient par-dessus la tête du peuple, sans consulter le peuple et même contre la volonté du peuple.

Or, de même qu’il ne faut pas confondre un balisier avec un balai-coco, il faudrait éviter de penser ou plutôt éviter de faire croire aux gens que 2010, date probable de la consultation sur l’évolution institutionnelle, serait un remake de 1946.

Ce n’est pas honnête ! C’est même lamentable.

Pourquoi ?

Parce qu’en 1946, nul n’a jugé bon de consulter le peuple martiniquais ! Aucun grand penseur négritudiniste, aucun politicien de haut (ou de petit) vol, aucun démocrate-français-ami-des-peuples-colonisés, bref PERSONNE n’a songé une seule seconde que ce nouveau statut qui nous faisait passer de l’état de colonie à celui de département d’Outre-mer était quelque chose de bien trop important pour qu’il se réglât dans l’enceinte dorée du Palais Bourbon, entre députés coloniaux et députés hexagonaux. Personne ne s’est posé la question de savoir ce qu’en pensait Ti Sonson !

Et ce, malgré les protestations du député guadeloupéen de Gauche, Paul Valentino, hostile à cette transformation, de quelques chefs d’entreprise, notamment békés, et même de deux-trois politiciens français qui y voyaient une aberration. Aimé Césaire a donc tranquillement rapporté la loi dite d’assimilation ou de départementalisation à l’Assemblée nationale française et nous avons été bénis-oui-oui une deuxième fois. La première fois c’était à l’arrivée des esclaves en terre antillaise, quand on utilisait le goupillon pour leur faire abjurer leurs croyances barbares. Cette deuxième fois, c’était sous l’égide de la devise « Liberté-Egalité-Fraternité », de Victor Schoelcher, de la France généreuse, mère des Arts et des Lettres. Amen !

Depuis 1946, depuis plus d’un demi-siècle donc, personne, aucun grand historien autoproclamé, politologue, anthropologue, sociologue ou économiste, et évidemment aucun élu martiniquais ne s’est étonné ni indigné du fait que notre peuple n’ait pas été consulté. Tout le monde a trouvé qu’il était parfaitement démocratique que l’élu du peuple que fut Césaire et les autres députés coloniaux, forts de leurs mandats et donc de la confiance du peuple, agisse au nom de ce même peuple.

Or que constate-ton aujourd’hui ?

Que les héritiers de Césaire veulent contester à Alfred Marie-Jeanne et Claude Lise le droit d’agir comme le Nègre Fondamental, c’est-à-dire de chercher à transformer le statut de la Martinique pour parvenir à une meilleure gouvernance, à un développement endogène et à la sauvegarde de notre identité culturelle !

Marie-Jeanne et Lise qui ont été, faut-il le rappeler, démocratiquement élus.

Enfin « agir comme le Nègre fondamental », ce n’est pas tout à fait exact car nos deux présidents de collectivités territoriales, par ailleurs parlementaires, n’agissent aucunement comme en 1946, ils ne tricotent pas un nouveau statut dans la pénombre de l’Assemblée Nationale et du Sénat, loin de Ti Sonson. Absolument pas ! Ils agissent au vu et au su de tous. Les deux Congrès, celui du 18 décembre dernier et celui du 18 juin, ont été intégralement télévisés et chaque Martiniquais a pu juger par lui-même des arguments des uns et des autres. Et chacun de ces congrès a duré plus de 10h d’affilée !

Mieux : Lise et Marie-Jeanne demandent au président français d’organiser une consultation électorale pour savoir si le peuple martiniquais est d’accord avec les propositions des deux Congrès ou non.

Comment faire plus démocratique ?

En tout cas, nous sommes loin, très loin, de 1946 où on nous a imposé un statut sans la moindre consultation populaire. Car si le peuple vote « NON » en 2010, eh bien les propositions du Congrès tomberont aux oubliettes de l’histoire. Personne n’imposera quoi que ce soit à Ti Sonson !

Utiliser l’argument selon lequel nos élus agissent contre la volonté populaire est donc d’une malhonnêteté crasse. Elle reflète sans doute la décadence dans laquelle est entré le corps politique martiniquais depuis quelques années…

Raphaël Confiant

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